Expérience d’auteur
Reynaldo Bueno
« Mais pourquoi attendre d’avoir une caméra, des acteurs, un décor et des éclairages sophistiqués, alors que je peux créer mon film avec des mots ? »
Reynaldo Bueno, auteur de Le rituel du taxidermiste
L’art de raconter m’a toujours fasciné. J’ai dévoré beaucoup de livres quand j’étais au primaire et je tournais plusieurs courts-métrages en dehors de l’école. Mon intérêt pour l’écriture s’est manifesté en 6e année, après avoir lu mon premier thriller. En le lisant, j’ai eu l’impression de m’immerger dans un film palpitant. Je visualisais chaque émotion des personnages, chaque scène de suspense avec les différents angles et prises d’une caméra. C’est là que s’est fait le déclic en moi : mêler mes deux passions. J’ai donc commencé à rédiger mon premier roman à l’âge de 12 ans.
Comment s’est passée l’écriture de vos livres ? Avez-vous rencontré des difficultés ou des blocages pour finaliser votre manuscrit ?
Avant « Le rituel du taxidermiste », je construisais mes intrigues au fur et à mesure que mes idées se pointaient le bout du nez. Autrement dit, j’improvisais. Ce qui semblait comme une méthode inoffensive m’a amené beaucoup plus de problèmes par la suite. Incohérences dans l’intrigue, arc narratif instable, psychologie des personnages superflue, entre autres.
La taxidermie en tant que telle n’était pas le sujet qui m’attirait, mais plutôt l’idée de faire ressentir de vives émotions chez le lecteur, dont la peur, de manière originale. Les concepts des histoires d’horreur devenaient répétitifs à mon goût, et je me suis creusé la tête pour trouver une façon de détonner dans ce milieu industriel rempli de compétition. Curieusement, plus je réfléchissais, moins l’originalité venait… Mais soudain, lors d’un cours d’histoire en secondaire 1, mon idée est venue à l’improviste. Mes camarades de classe et moi étions en train de visionner un documentaire. Pendant qu’ils notaient des trucs sérieux, moi, j’ai vu un gros plan terrifiant d’un chevreuil empaillé, et puis là, une question m’est venue : « Est-ce qu’on peut empailler des humains ? » Oui, je sais, c’est bizarre. Mais parfois, les idées les plus tordues sont les meilleures… ou les plus effrayantes, au choix.
Le 4 décembre 2021, confiné dans ma chambre, avec beaucoup de motivation et beaucoup de temps libre, ce concept est revenu me hanter. J’ai attrapé mon ordinateur et j’ai commencé à écrire. L’histoire a grandi. L’angoisse, les personnages, les ambiances… tout prenait vie sous mes doigts. Et croyez-moi, quand je relis certains passages aujourd’hui, je me dis parfois :« Mon Dieu, pourquoi est-ce que mon esprit était aussi morbide à 13 ans ? »
Pourquoi avez-vous choisi BouquinBec pour publier votre livre ?
Dans mes projets créatifs, ce qui me rassure, c’est d’avoir le contrôle. Avec le temps, j’ai pris conscience d’un leadership inné en moi. Ce n’est pas pour rien que je rêve de devenir réalisateur ! Cependant, j’ai vite compris qu’avec la publication traditionnelle, l’écrivain perd beaucoup ce contrôle-là, autant dans son histoire que dans les délais de production. Je tenais vraiment à ce que mon livre soit publié à mes 15 ans, alors devoir attendre la réponse d’une maison d’édition — qui peut prendre plusieurs mois, voire un an — n’était pas envisageable. Bien que les côtés marketing et distribution soient plus ardus, je suis satisfait avec mon choix, car en fin de compte, j’ai eu ce que je souhaitais : la liberté absolue sur ce que je crée et sur ce que cela me rapporte.





