Entrevue
T8aminik (Dominique) Rankin
T8aminik (Dominique) Rankin
Chef héréditaire anicinape
Chef héréditaire anicinape
Qu’est-ce qui est le plus important, selon vous, en cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation ?
Le plus important, c’est que les gens connaissent la vérité. Qu’ils comprennent ce qui s’est passé dans les pensionnats et ce que les peuples autochtones ont vécu. Parce que si on ne peut pas se dire d’abord la vérité, il ne peut pas y avoir de réconciliation.
Moi-même, je porte encore certaines de ces souffrances. Mon chemin de guérison a été long, mais je ne veux pas vivre seulement en regardant en arrière. Il faut aussi regarder en avant, pour les générations futures.
Pour moi, la réconciliation, c’est reconnaître l’histoire, pouvoir en parler ouvertement, puis reprendre notre chemin. Retrouver notre culture, notre langue, nos traditions, nos croyances, notre lien avec le territoire. C’est comme ça qu’on peut transformer quelque chose de douloureux en quelque chose qui nous aide à avancer.
T8aminik (Dominique) Rankin
Chef héréditaire anicinape
Chef héréditaire anicinape
Comment chaque Canadien peut-il souligner cette journée ?
D’abord en écoutant. En apprenant l’histoire. En essayant de comprendre ce que les peuples autochtones ont vécu, sans juger.
Mais pour moi, il faut aussi aller plus loin que les différences. Mes ancêtres m’ont appris à ne pas regarder la couleur de la peau et à regarder seulement l’être humain.
Tout le monde porte une histoire. Tous les peuples ont connu des souffrances. Si on veut vraiment se réconcilier, il faut apprendre à se rencontrer comme des êtres humains, avec respect.
Nous n’avons qu’une seule planète. Nous sommes tous de la même grande famille.
Vous parlez souvent de retrouver la langue, la culture et le territoire. Pourquoi est-ce si important dans un chemin de réconciliation ?
Parce que pendant longtemps, beaucoup d’Autochtones ont été coupés de tout cela.
La langue, pour moi, c’est spirituel. Quand on perd une langue, on perd aussi une manière de voir le monde, une philosophie, une façon de comprendre la vie.
Avec l’organisme Kina8at (ce mot veut dire «ensemble»), nous avons mis sur pied des programmes de reconnexion culturelle pour les Autochtones pour qu’ils puissent venir en forêt et renouer avec leur culture, leur territoire et eux-mêmes. C’est vraiment beau de voir les enfants, adolescents, adultes, survivants des pensionnats pour Autochtones retrouver la joie et la fierté grâce aux enseignements des aînés et porteurs de culture. Tout ce beau monde chausse à nouveau ses mocassins pour suivre les traces de nos ancêtres et c’est magnifique.
Mais Kina8at n’est pas seulement pour les Autochtones. Nous accueillons aussi des groupes allochtones. Ce qui nous touche, c’est l’humain. Nos traditions, notre philosophie et nos savoirs sont une grande richesse, et cette richesse peut servir à tout le monde.
Comment percevez-vous l’avenir de la relation entre les Canadiens et les Premiers Peuples ?
Je crois qu’il faut que chaque nation puisse garder sa culture, sa langue, sa mémoire et sa fierté. Et en même temps, il faut apprendre à vivre ensemble.
Moi, je suis Anishinabé. Dans ma langue, ça veut simplement dire « être humain ».
Embarquons tous dans le même grand canot et ramons ensemble.
La rivière est infinie. Il y a encore beaucoup de beauté devant nous.

